Au pôle Nord, les pinguins ne s'inquiétaient de rien en dehors du réchauffement climatique. Les ours polaires effectuaient une cure d'amaigrissement, qui commençait à se voir et les phoques comptaient leurs jours dans des eaux de plus en plus chaudes. Mais à part ça tout allait bien dans cet univers immaculé et d'un froid intense où des vents vigoureux s'acharnaient sur le moindre petit bout de terre. L'immensité à perte de vue témoignait de toute l'hostilité des lieux, rien ne poussait ici sous les couches de glace multiples. Pourtant, la vie persistait sur cette étrange petite planète, y compris derrière un grand iceberg en arrivant juste à gauche des pinguins. Là vivait un gros bonhomme jonflu, aux joues bien garnies, dont le costume rouge vif était connu du monde entier en particulier des bambins. Le père Noël résidait ici en tout quiétude loin de l'agitation urbaine, loin de la follie humaine. Le père Noël aimait sa tranquilité par dessus-tout, son fauteuil au coin du feu avec une tasse de chocolat ou de cognac par les grands froids. 

Sa maison ressemblait à énorme pain d'épice recouvert de givre et d'une neige épaisse. Les murs extérieurs tapissaient de guirlandes donnaient des lumières chaudes avec du rouge, du jaune, du vert, du mauve aussi et même du marron et du rose, qui rappelaient que Noël n'était pas loin. A l"intérieur une pièce unique et circulaire avec un lit en chêne massif, une table digne d'un géant armée de grands pieds sculptés, sans oublier un grand sapin superbement décoré, qui occupait un coin près d'une somptueuse cheminée. Sur son manteau s'alignaient des statuettes en bois représentant animaux, champignons, farfadets, et autres créatures fantastiques notamment un phénix aux ailes déployées. 

Le père Noël ne manquait de rien : pour l'eau il y avait toute la glace qu'il souhaitait, sa nourriture se constituait de poissons, de caribous, et de temps à autre de phoques. Il était un fantastique chasseur armé de son harpon. Une arme unique en son genre munie  d'une poignée où des têtes d'animaux étaient taillées. 

 

*A cette heure tardive du vendredi 22 Décembre, le père Noël consultait sa liste d'enfants et de cadeaux. Tout en lissant sa barbe blanche et touffue, il fronçait les sourcils à chacune petite ligne manuscrite. Ses lutins bien qu'adorables ne possèdaient pas de compétence en orthographe, faisaient deux faute à chaque mot et formaient les lettres en minuscule. 

_Maudit Lutins ! Tonna-t-il. Je vais devoir leur trouver un professeur. Ils écrivent comme ils parlent en plus ! Déplorat-il en lisant ici ou là des "c" à la place de "s" ou inversement, des "k" à la place de "q" ou alors des "f" occupant la place légitime de "ph". Une farandole de fautes insupportables. 

_Encore un gamin qui veut que son grand-père soit guéri d'Alzheimer, un autre que sa tante se réconcilie avec son papa, et gâteau sur le pompom, le classique indémodable, la gamine qui veut que ses parents ne divorcent pas. Dit le Père Noël avec lassitude en soufflant comme un boeuf. _Je dois répondre quoi ? Que je ne suis ni psy, ni agence matrimoniale et encore moins docteur ? 

Le père Noël continua a ronchonner tout du long en parcourant sa liste interminable. Alors qu'il atteitgnait la fin de la liste avec une gamine qui demandait un poney (et comment je vais le transporter ? En camion ? ou en trotinette ? ), un lutin entra en trombe sans frapper. Son visage rougueux, pointu à souhait lui donnait des airs d'enfant, mais avec ses grandes oreilles pointues, son nez en trompette, sa bouche ridée à peine dessinée, et sa barbichette brune il avait plutôt l'air d'un vieux elf des bois. 

_On frappe à la porte avant d'entrer ! Gronda le bonhomme rouge, ce qui fit trébuché le lutin, qui atterit sur le tapis. 

_Père Noël, une des rennes est malade ! 

_Et alors ? Mettez-lui de jolies paires de chaussettes, couvrez-la avec une couverture et  un thermomètre dans le c*l. 

_Bien Père Noël, j'y vais de ce pas... dit le lutin confus en se relevant sur ses courtes jambes, mais il s'arrêta aussitôt. _Mais il est où le thermomètre à rennes ? 

_Avec celui des crocodiles ! Ironisa le vieux bonhomme fort bougon. 

Puis il se leva en faisant signe au lutin de passer devant lui. 

 

*La grange du Père Noël était un long bâtiment situé à quelques mètres de la maison. Il contenait à la fois l'atelier du Père Noël, les enclos des rennes, le traineau et des outils de jardinage ainsi que le nécessaire pour entretenir le petit troupeau de rennes. Le Père Noël, très attaché à ses bêtes, se souciait de leur santé et lorsqu'il vit la renne couchée sur le flan, le souffle difficile, une écume légère aux lèvres, les yeux affolés, il en ressentit un vif pincement. 

_Pauvre bête, elle souffre bien. Ou alors... ? Il fronça les sourcils en se penchant un peu plus sur le ventre du renne. D'une main sûre il palpa son ventre, examina le coeur, le pouls, et prit la température. 

Le père Noël souffla comme un boeuf, se releva et son visage prit une teinte couleur brique. Les lutins le regardèrent d'un air un peu stupide. Lorsqu'il ouvrit la bouche un ouragan débarqua dans la grange: 

_Vous êtes une bande de lutins incapables et analphabètes ! Je vais tous vous envoyer en orbite autour de Saturne ! 

La majorité des lutins se courbèrent en deux se protégéant de leur bras comme s'ils s'attendaient à recevoir des rochers sur la tête ou pire des météorites. 

_Cette bête attend un petit et vous ne vous en êtes même pas aperçu. A quelques jours de Noël ! 

Le père Noël émit alors des jurons que nous n'écrirons pas ici à base de baleine, de fesse de chameau, et digne du capitaine Haddock, libre court à votre imagination ainsi qu'à vos connaissances de Tintin. 

 

*Tous les lutins étaient réunis autour d'une immense table de chêne. Chacun occupait un petit fauteuil adapté à sa taille, décoré de guis, de guirlandes et de boules de Noël vertes et rouges. Celui du Père Noël ressemblait à un trône avec un grand dossier sculpté où on pouvait aperçevoir des chevreuils, des hérissons, des lapins, ainsi qu'une tête de cerf qui occupait un bon tier de l'objet. Les pieds étaient des oiseaux aux becs pointus, et les hanses des dauphins en mouvement plus vrais que nature. Recouvert de satin rouge tout était minitieusement cousu de perles aux couleurs flamboyantes de Noël. 

Pour cette réunion extraordinaire le Père Noël avait revêtit des attributs militaires : casque de général par-dessus son habituel bonnet, treillis kakis, tout en tenant une baguette flexible de celui qui donne des ordres. 

_Bien les lutins ! L'heure est grave ! Tonna le Père Noël en tapant un poing de la taille de plusieurs lutins sur la table qui trembla. 

_Quel est le meilleur en orthographe d'entre vous ? 

Personne ne répondit. Les lutins ne comprenaient pas la question. Orthographe ? Quel mot barbare ! 

_Je ne vous demande donc pas si vous savez écrire... ni lire. Soupira le Père Noël en se disant intérieurement qu'il devrait recruter des lutins plus malins, mais le marché étant difficile, attirant tellement peu de candidats que le dernier datait de vingt ans. 

_Bon, qui sait parler ? 

Deux ou trois lutins levèrent une main timide. 

-Très bien Raoul et Denis, vous êtes en charge de la liste des cadeaux, qu'ils restent à fabriquer. 

_Il me faut deux équipes pour concevoir les cadeaux, une autres pour les empacter et une troisième pour les mettre dans le traineau. 

_Moi, moi, moi, moi, criait à qui-mieux-mieux les lutins sans aucun ordre ni discipline. 

_Ah taisez-vous bande d'ostralopithèques ! Ou je vous envoie sur Mars ! Et il ne s'agit pas de la barre chocolatée. Ajouta-t-il en voyant l'un des lutins aussitôt tirait la langue de gourmandise. Il était le Obélix des lutins, mais juste un peu enveloppé pour lui. 

_Vous deux ! Il désigna de son gros doigt deux lutins ridés et maigrichons. Apportez-moi une feuille et un stylo. 

Les deux lutins s'exécutèrent sans broncher. 

_Nous avons vingt huit escla...euh.. nains... lutins, marmonna le Père Noël en affichant un sourire gognard. Mais face à des visages aussi perplexes, il se soupira en se disant qu'il était le seul à comprendre son propre trait d'ironie. 

Après tout les lutins restaient payés à la tâche, n'avaient ni congès, ni syndicats, et encore moins de couverture médicale ou de retraite. Ils n'y comprenaient rien malgré les efforts du Père Noël, qui finissaient indéniablement par ratés. Une fois Le Père Noël avait souscrit tout ce qu'il faut pour assurer les besoins de santé des lutins, avant que l'un deux s'arrange pour se faire prescrire pour dizaine de millier d'argent en médicaments, opérations, prises en charge diverses. Le lutin en question avait fait ça par amusement, bêtise aussi sans aucun doute. 

_J'ai donc inscrit les tâches à faire, je l'ai met dans ce chapeau. Il prit son propre couvre-chef et y glissa les petits papiers en question_Chacun d'entre vous va tirer un papier et il sera assigner à la tâcher inscrite dessus. Utilisez vos instruments de lecture pour comprendre les mots.

Une invention du Père Noël lui-même: de petits appareils portatifs capables de lire les lettres de mots voir de phrases entières, et les lisant à haute voix. 

Le processus prit un moment parce que les lutins cherchèrent aussitôt à s'échanger les tâches, à se mettre par préférence, à négocier leurs heures. Un vrai crique. L'un deux proposa même son costume contre la tâche qu'il voulait sous l'oeil désaprobateur du Père Noël. Finalement, les lutins réussirent à se répartir en équipes un peu près équitables non sans mal avec des lutins qui ronchonnaient toujours, d'autres faisant la tête ou essayant d'impressionner les autres.

_Je vais personnellement m'occuper du renne, je compte sur vous pour les cadeaux afin que Noël ne soit pas perdu ! Il s'empressa d'ajouter, voyant plusieurs lutins ouvrir la bouche : 

Si l'un d'entre vous se plaint, se fait mal, fait semblant, ne veut pas travailler, veut aller se coucher, ne veut pas manger, refuse mes ordres... j'en fait un sapin et je le plante dans l'iceberg avec les pinguins ! 

Les lutins se mirent aussitôt au travail. 

Ils étaient sans aucun doute plus bêtes que les paquerettes, mais ils savaient faire preuve d'efficacité pour les tâches à la chaine. 

Il piquaient, filaient, clouaient, collaient, ponssaient, rabotaient, coupaient, assemblaient, donnant naissance à des jouets plus beaux, magiques, les uns et les autres. Des trains finement détaillés, des poupées soigneusement coloriées, des petites voiture aux moteurs bien dessinés, les lutins n'oubliaient rien. Chaque jouet offrait une interaction complète avec articulations nombreuses pour les figurines, moteurs miniatures mis aux véhicules, et des possibilités multiples comme des cheveux à découper, des dents à laver sur les poupées. 

 

Plusieurs jours furent nécessaires pour confectionner tous les cadeaux qui restaient sur la liste. Les lutins n'en faisaient qu'à leur propre tête et demeuraient incapables d'aligner deux plus deux, tantôt ils ne savaient pas si ça faisait trente six ou bien cinq ou encore douze, mais ils parvenaient à terminer leur tâches même si c'était avec quatre heures de retard. De son côté le Père Noël avait décrété se mettre en grève pour cause de renne enceinte. Une situation inédite dans le monde du Pôle Nord et de ses environs. Le barbu tenait à sa position de gréviste malgré les commentaires des lutins disant que papi faisait de la résistance. Le fauteur termina bien évidemment en sapin planté devant la grange. 

Plus tard, les lutins devaient préparer le traineau. Empaqueter les cadeaux s'avéra compliquer, les lutins ne savaient pas faire des paquets et utilisèrent tout le papier prévu à cet effet, à tel point que pour les derniers cadeaux ils improvisèrent des patchworks de papier. Le père Noël faillit s'éttoufer en voyant le résultat : 

_Vous me prenez pour le Père Noël de Wish ou quoi ? bandes d'olibrius ! Je vais tous vous empailler si ça continue. Menaça-t-il de son gros doigt tendu vers les visages terrorisés des lutins. 

_Père Noël, osa l'un d'eux, comment la distribution va se passer ? 

_Vous allez utiliser une catapulte et des pinguins , espèces d'emplâtres, grogna le père Noël, vous croyez quoi au juste? C'est vous qui allez faire la tournée, moi je vais rester là au chaud avec une tasse de chocolat et à prendre soin de cette maman renne. 

_Mais Père Noël on sait pas faire nous, puis... 

_Même un gosse de cinq ans le ferait alors je ne veux entendre aucune contestation ! 

Noël promettait d'être épique cette année.