Avez-vous peur du grand méchant Noir ?
Le noir. Profond, intense, opaque, épais, il est l'obscurité par excellence. L'absolu, comme le vide, le noir prend toute sa signification lorsqu'il devient le mélange de toutes les couleurs. Comme s'il les mangeait toutes.
Lorsque la lumière décline et s'endort, qu'elle laisse place à la nuit, le noir s'invite alors et devient le roi durant quelques heures. Capable de dissimuler tout, n'importe qui ou même n'importe quoi, le noir aide les instincts les plus bas de l'humanité. Il cache le mystère, le danger contrairement à sa sœur la lumière qui dévoile, éclaircie, révèle, parfois crument, toute chose, le noir dissimule. Les grands méchants ne profitent-ils pas du noir pour commettre leurs méfaits ? Le célèbre tueur Jack l'Eventreur opérait uniquement la nuit pour supprimer celles qu'il considérait comme infâmantes. Il a alors levé le voile de manière très sanglante sur la laideur de Withechapel, quartier très pauvre de l'époque Victorienne où beaucoup de femmes étaient contraintes de vendre leur corp pour survivre chichement.
Oui, le noir peut devenir laid, moche, sale. Après tout le noir c'est le pétrole, la marée noire, la salissure difficile à enlever, si poisseuse qu'elle colle et englue.
Pourquoi dès que nous sommes confronté au noir, nous ressentons de la peur ?
L'enfant est "naturellement" effrayé dans le noir, tout y est déformé. L'enfant croit aux monstres cachés sous le lit. Le noir altère son rapport à l'espace, exacerbe sa peur de l'abandon. Il se retrouve seul dans sa chambre et croit voir des formes ou imagine des éléments effrayants.
Pourtant de manière instinctive le noir reste une source d'appréhension même pour l'adulte.
C'est notre vision qui s'en trouve altérée dans le noir. Notre principal source d'informations. Dans cette situation nous avons l'impression de rien maitriser, d'être vulnérable et notre instinct le plus profond, le plus primal se réveille.
Cette peur est commune à tous les êtres humains, quelle que soit la culture, la religion ou les origines.
En Occident, le noir porte la signification du deuil, de la mort bien entendu et du chagrin en particulier. Parce que lorsqu'un ressent un profond désespoir ou qu'une tristesse harassante nous terrasse nous préférons l'obscurité plutôt que la lumière. Nous y trouvons un certain réconfort confronté ainsi à nous-même loin de la foule. Une situation parfois nécessaire pour mieux accomplir sa résilience, se reconstruire pour accepter de s'exposer de nouveau au jour.
Outre, l'absence d'espoir, le noir nous ramène indubitablement à la mort. En occident la mort n'était-elle pas d'ailleurs vêtue de noire ? La faucheuse revêt après tout les traits d'un squelette encapuchonnée dans un manteau de ténèbres.
Dans la culture japonaise, la mort se personnifie même un dieu voir plusieurs, les fameux shinigami. Ils guident les âmes vers le chemin de l'au-delà tout en s'assurant que l'heure est bien arrivée pour le défunt ou la défunte.
Consciemment ou pas se retrouver dans le noir accompagne notre esprit vers une incertitude, un danger potentiel donc c'est notre instinct qui est directement touché.
Au-delà de toute considération religieuse, croyance ou fondement psychologique, le noir est synonyme d'élégance, signe d'une certaine richesse pour celui ou celle qui en porte. Quelqu'un vêtu de noir, souvent d'un costume ou d'une robe de soirée semble attiré un certain respect, prévaut d'un statut important de part une réussite professionnelle, par exemple ou d'un statut social ancré dans l'idée d'un luxe certain.
Un paradoxe saisissant qui semble avant tout se prévaloir d'un contexte social, autant que culturel. Qu'il soit finalement personnifié sous les traits du mal, des pires maux de l'être humain, de la mort elle-même, il garde avant tout une idée de puissance, contre laquelle nous sommes impuissants. Le noir exerce par toutes ses symboliques un attrait comme un rejet, qui exacerbe nos pulsions comme nos peurs.
Oscillant entre obscurité et l'élégance, le noir affirme notre côté sombre, en tant que couleur elle absorbe aussi bien qu'elle rejette.
En tout état de cause, le noir ne nous inviterait-il pas à travers tous ces paradoxes, à affronter nos angoisses pour mieux libérer la lumière en nous ? Car sans ténèbres la lumière ne peut briller, et sans lumière nous ne pourrions prétendre à nous élever. Car pour certains peuples cette élévation prétend nous faire passer de l'enfant à l'adulte.
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