La 555 -ème convention inter-galactique du mois venait de prendre fin. Les participants sortaient par une porte démesurée aussi large qu’une baleine, tous impatients de regagner leurs vaisseaux pour se détendre après des débats houleux et compliqués. Parmi eux on pouvait apercevoir des Martiens reconnaissables à leur peau grise et leurs yeux surdimensionnés, qui discutaient avec des Jupitiens, aux oreilles pourvues de poils drus. A leur côté marchaient aussi Anthroniens avec leur petite trompe d’éléphant à la place du nez ou encore des Vénusiens si beaux avec leur peau d’un bleu profond.
Tout ce petit monde se réunissait régulièrement pour discuter des problèmes de l’univers. Dans un grand bâtiment blanc de forme ovale situé sur une des lunes de Jupiter, se trouvait une salle entièrement recouverte de sièges suspendus. Ils étaient répartis en quatre groupes de couleurs différentes symbolisant les coins cardinaux de l’univers. Chaque coin était peuplé de nombreuses races d’extraterrestres possédant chacune un ou deux représentant politique. En temps normal, les conventions se déroulaient une fois tous les trente-six du mois, sauf que ces derniers temps l’univers se trouvait préoccupé par une décision essentielle, dont pouvait dépendre la survie de chacun.
Que faire de la planète maudite, celle qui s’appelait la Terre ? Peuplée de créatures terrifiantes, personne, depuis la nuit des temps, n’osait s’approcher de cette planète belliqueuse, pourtant si idéalement coincée entre deux planètes insignifiantes, à bonne distance d’une jeune étoile. Un paradis bleu au départ, devenu le joujou des êtres humains, pauvres êtres incapables de se rendre compte que des dizaines d’extraterrestre venaient en permanence les voir et scrutaient leur monde. Puisque la planète bleue était l’objet de craintes, d’histoires de croque mitaines que les enfants écoutaient attentivement le soir blottit dans leurs couvertures douillettes. Les humains devenaient alors des ogres venant chercher les petits bambins désobéissants.
Une drôle de réputation, que personne ne se permettait de remettre en cause. A juste titre la Terre s’était vue affublée d’un surnom tout trouvé : la poubelle de l’univers. Entre les montagnes de déchets, les forêts entières de cheminées crasseuses vomissant des fumées nauséabondes, les extinctions, le pourrissement des pluies et des sols, nul doute qu’il ne fallait pas s’en approcher de trop près. Ceux qui s’y étaient risqués finissaient avec d’étranges maladies incompréhensibles. Ils se couvraient de boutons, perdaient leurs membres ou bien se mettaient à trembler en permanence.
Des choses effroyables que les vénérables membres de la convention galactique connaissaient bien. L’un deux s’appelaient Tête d’affreux, il était le plus âgé, cinq mille ans au compteur et distribuait blâmes et bannissements aux planètes. Identifiable au premier coup d’œil, il ressemblait à une patate fripée, sa peau présentait de nombreux plis aux creux des quels s’épanouissaient des touffes de poils blancs. Il appartenait au peuple pacifique des Juspaniens, reconnaissables à leur peau verte, faite d’écailles. Il avait été le premier en prendre la parole devant l’assemblée.
__ L’heure est grave chers peuples galactiques. Nous avons trop longtemps ignoré le sujet jusqu’à en faire un tabou, mais la question de la Terre doit être réglée !
A l’évocation de la planète maudite plusieurs avaient sursauté, d’autres été carrément tombés de leur siège et se remettaient à peine. Mais ignorant la peur qui traversait la salle, le sage avait continué sur un ton identique, c’est-à-dire hypnotique et à moitié endormi.
__Il ne faut plus seulement décider de la bannir, mais d’opérer une sanction radicale ! Dit-il d’une voix exceptionnellement forte qu’il faillit s’étouffer. Je propose, continua-t-il en veillant à parler plus posément, de la détruire tout simplement.
A cette proposition, un murmure comparable à bourdonnement d’abeilles en furie se répandit. Chacun voulait aller de son petit commentaire. Si d’autres jugeaient la sanction terrible, mais justifiée, d’autres réservaient leurs jugements à coup de râlements de gorge. Pratique habituelle chez les peuples galactiques, plutôt que d’employer des cris et autres joyeusetés grossières, les grognements suffisaient pour manifester un désaccord important. Tête d’affreux frappa de sa canne sur le sol pour demander le silence.
__Nous allons procéder à un vote si vous le voulez bien. Sauf si quelqu’un a des objections à émettre qu’il parle…
Un autre extraterrestre se leva alors pour prendre la parole. Il était rose à poids jaunes, une particularité qui donnait l’impression qu’il se nourrissait de trop de chewing-gum, mais il n’en était rien, le peuple auquel il appartenait, mangeait exclusivement des aliments colorés en rose. D’une voix de baryton il exposa son point de vue :
__ Bien que cette planète soit exclue et maudite, elle est habitée tout de même par des êtres vivants, certes à l’intelligence limitée, mais qui ignorent tout de nos décisions. Il faut les avertir de notre sanction au moins par courtoisie, nous ne sommes pas des barbares.
__Et comment comptez-vous vous y prendre ? Objecta un Lapinien, ils ne comprennent pas notre langage, nous leur envoyons des messages depuis des millions d’années et ils s’évertuent à croient que nous n’existons pas. Roswell en a été la preuve.
__Roswell a été un échec cuisant, qui nous a prouvé que les humains ne sont que des idiots imbus de leur personne. Enchaîna un autre extraterrestre au nez en trompette.
__Envoyons un émissaire courageux, intrépide, porteur d’un message aux êtres humains. Proposa celui en rose à poids jaunes. Comme ça nous aurons au moins la conscience tranquille, s’ils s’obstinent nous aurons alors raison d’appliquer la destruction pure et simple de cette planète.
Beaucoup approuvèrent cette décision jugée prudente. Un vaillant laminien se porta volontaire. Il était musclé, barbu et imposait le respect par son regard de dur à cuire. Grâce à sa longue expérience de soldat, il réunissait les qualités essentielles pour cette mission.
Quelques jours plus tard, un énorme vaisseau muni d’armes dernier cris s’envola vers la Terre avec à son bord le guerrier désigné pour cette tâche ingrate. Après bien des péripéties, et des détours dues à son mauvais sens de l’orientation le soldat laminien atteignit la planète bleue. Son vaisseau contenait plusieurs bombes capables d’anéantir la Terre en quelques secondes. Dans l’hypothèse où cela ne fonctionnerait pas ou mal, il disposait également d’un atomiseur géant.
Concernant le message, l’extraterrestre avait reçu pour consigne de le livrer directement aux humains, au mieux à un dirigeant, appelé communément président. Il fallait choisir le bon. De préférence un qui ne soit pas corrompu, surtout éviter les dictateurs, les fanatiques et les extrémistes. Des contraintes qui excluaient à peu près la majorité des présidents. Ces derniers ne se préoccupaient guère de l’environnement et de sa préservation, sauf au moment d’une élection. Ce que l’extraterrestre ne comprenait absolument pas, il trouvait cette façon de mentir tout en se mettant en avant, grossière, lâche.
Dire que les êtres humains se trouvaient sur une planète merveilleuse, à la beauté incomparable dont la nature regorgeait de richesses inépuisables. Ils la détruisaient minutieusement en pompant toutes les ressources sans aucun plan d’avenir, sans discernement. De vrais parasites ! Fort de ces pensées, l’extraterrestre repéra un endroit désert où poser son vaisseau, aucun être humain n’y habitait, les seules traces de vie étaient des manchots.
Tandis que son vaisseau, pas discret du tout qui crachait de la fumée noire, avançait vers sa destination, un astéroïde innocent croisa sa trajectoire. L’engin explosa à l’impact, et les débris se dispersèrent à travers l’espace. Une fin brutale, bien tragique pour notre pauvre laminien, mais une seconde chance pour la Terre ou pas …
Les êtres humains ne le surent bien évidemment jamais qu’ils devaient leur salut à un brave rocher de l’espace. Trop soucieux de leur petit nombril, petit pantin de terre qu’ils imaginaient dominer par la force de la technologie. Incapables de comprendre que la Terre poussait de grands cris désespérés en provoquant des tremblements, des ouragans ou des inondations.
Après cet échec cuisant, les extraterrestres des conventions galactiques décrétèrent la Terre planète périmée, bonne pour la casse et les orties. La seconde chance, les êtres humains ne la méritaient pas et finiraient bien par s’auto détruire un jour. À quoi bon gâcher son énergie à rendre service à des êtres si nuisibles.
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